Gabon/Finances publiques : le serment des comptables publics en question.

Derrière le cérémonial solennel organisé à la Cour des comptes pour l’assermentation de 19 nouveaux comptables publics, une interrogation persiste : le serment suffit-il encore à garantir la transparence et la rigueur dans la gestion des deniers publics au Gabon ?
Présidée par Alex Euv Moutsiangou, cette audience tenue au palais de justice de Libreville ce lundi a réuni plusieurs figures de l’exécutif, dont Thierry Minko et François Ndong Obiang, venus témoigner de l’importance accordée à la discipline budgétaire.
Mais au-delà des discours officiels, l’efficacité réelle de cet engagement moral continue de susciter des doutes. Car si la prestation de serment constitue une exigence légale encadrée par les textes, elle reste avant tout symbolique.
Dans un contexte marqué par des critiques récurrentes sur la gouvernance financière, nombreux sont ceux qui estiment que la moralisation de la gestion publique ne peut reposer uniquement sur une déclaration d’intention, aussi solennelle soit-elle.
Les nouveaux assermentés, agents comptables, percepteurs ou payeurs affectés dans les administrations et représentations diplomatiques ont pourtant juré « de servir l’État avec fidélité et probité ».
Une formule consacrée qui, dans les faits, peine parfois à se traduire en pratiques irréprochables sur le terrain, selon plusieurs observateurs de la vie publique.
La présence du directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor, Luther Steeve Abouna Yangui, rappelle l’importance stratégique de ces acteurs dans la chaîne de dépense publique. Toutefois, la question du suivi, du contrôle effectif et surtout des sanctions en cas de manquements demeure centrale.
Dans son réquisitoire, le parquet général près la Cour des comptes a insisté sur la lourdeur des responsabilités qui incombent aux comptables publics. Mais là encore, certains analystes pointent un décalage entre les rappels à l’ordre institutionnels et la réalité des mécanismes de reddition des comptes.
Au final, cette cérémonie, bien que conforme aux exigences légales, relance le débat sur la nécessité de renforcer les dispositifs de contrôle et d’évaluation. Car au-delà du serment, c’est la crédibilité de la gestion financière publique qui est en jeu, dans un pays où les attentes en matière de bonne gouvernance restent particulièrement élevées.



